« La mer est calme, très calme. Elle commence à prendre des couleurs chaudes et orangées. Les vagues viennent doucement mourir à mes pieds, silencieuses et lentes. Le soleil descend à l'horizon et le ciel prend une teinte rosée magnifique. Le panorama est magnifique et romantique.
Mais je suis seule au bord de la mer.
Pour une fois je porte une robe ! Elle est de couleur vert clair, cintrée et tombant fluidement au dessus de mes genoux. Mais tu n'es pas là pour le voir, pour observer ce que je désirais tant que seul toi vois !
Je sens les larmes couler le long de mes joues blanches. Je ne les retiens pas car je sais que je suis seule ! Plus que je ne l'ai imaginé à la fin de la guerre. Lacus a obtenu le poste de Présidente des Plants et Kira la suivit. Et puis ce fut toi ! Tu es parti sans explication, disant que ta place était là-bas ! J'ai pensé jusqu'à ton départ que c'était juste passager, que tu reviendrais.... Mais le jour de ton départ j'ai compris. En arrivant à l'aéroport, je t'ai vu avec elle, Meyrin, pendue à ton bras et souriante. J'ai compris qu'elle partait avec toi. Il y avait aussi Shinn et Lunamaria. Je t'ai vu tourner la tête vers elle et lui sourire. Un sourire qu'avant je croyais juste pour moi.
Et j'ai compris : tout était fini entre nous et tu partais avec elle. C'est elle que tu aimes !
J'ai fait demi-tour sans que tu me vois, les larmes cascadant sur mes joues et brouillant ma vue alors que je sortais du bâtiment. J'ai couru jusqu'à la plage et je me suis effondrée.
C'était il y a deux ans.
Ça me parait si proche. Pendant deux ans, j'ai tout assumé seule, sans l'appui de personne, puisque tu n'étais plus là et que mon frère non plus. J'ai souffert de ton absence, de ta trahison. Et j'ai pleuré, oui j'ai pleuré mais toujours la nuit, quand j'étais seule dans le noir, quand personne ne pouvait plus me voir. J'ai travaillé sans arrêt jusqu'à l'épuisement, jusqu'à tomber malade. J'ai refusé que Kisaka prévienne Kira et Lacus, même si je suis restée presque un mois dans mon lit !
Tout ce qu'il me reste, c'est ma douleur !
Dans les moments les plus sombres, j'essaie de me rappeler nos beaux souvenirs, nos moments passés ensembles.... Tout ce qui pourrait me rendre le sourire. Mais invariablement cette image s'impose : toi et Meyrin ensemble et souriant.
Dépressive.
C'est le terme que mon médecin a utilisé pour décrire mon état il y a un an. Terme tenu secret, pour ne pas affoler mes citoyens, pour ne pas ouvrir une porte à mes opposants. Seul Kisaka sait et il a toujours caché parfaitement ma « maladie ». Je vais mieux, enfin je crois. Puisque penser à toi me tue, j'ai décidé de me raccrocher au travail. Au moins, quand mon esprit est occupé, je ne pense plus à nous, à toi.
Je me laisse tomber sur les genoux en larmes, incapable de calmer mes sanglots. C'est derniers temps, je rechute un peu, parce que la date de notre rencontre approche et que ça me fait mal de penser que notre relation est morte !
Comment en est-on arrivé là, Asuran ? Comment, alors qu'on s'était juré de se protéger mutuellement, a-t-on pu se séparer ? Quand ai-je eu tort ? Quand je t'ai laissé partir pour les Plants ? Quand j'ai accepté d'épouser Yunna ? Quand on s'est disputé sur l'île ? Quand j'ai été incapable de t'imposer, de me battre contre elle ?
Je me plie en deux sous la douleur. J'ai tout perdu par lâcheté ou peut-être ....
Tu es peut-être parti avec elle parce que tu l'aimes, parce que elle a du temps à te consacrer, elle, parce que tout est plus simple avec elle, parce qu'elle n'est pas une chef d'Etat, parce qu'elle est une Coordinatrice...
Je croise mes bras sur mon ventre. J'ai mal, je souffre, je suis entrain de mourir de douleur .....
« Une princesse doit être heureuse, c'est inhumain de la faire pleurer ! »
Je sursaute et me retourne. De magnifiques yeux émeraudes me fixent tendrement. Est-ce vraiment toi ? J'ouvre la bouche et reste comme ça, pitoyable chose agenouillée sur le sol. Tu dois me trouver horrible et te demander ce qu'est devenue la combattante et la tête brûlée que tu as rencontré sur cette petite île, dans le Pacifique....
Tu approches lentement, comme si tu hésitais ou avais peur que je disparaisse subitement.
« Asuran... » J'ai murmuré très bas.
« Oui, c'est moi...... Et non tu ne rêves pas, je suis bien là ! » Tu réponds d'une voix douce. Tu es en face de moi. Je me contente de fermer les yeux et de secouer la tête lentement, niant le fait que mon rêve le plus cher se soit enfin réalisé.
Je sens quelque chose de chaud caresser ma joue. J'ouvre les yeux et constate que tu es à genoux en face de moi, que tu me fixe gentiment et amoureusement. J'ai mal, est-ce juste une illusion ou la vérité ? Ta main chasse mes larmes, et remonte jusqu'à ma tempe, puis mes cheveux avec lesquels tu joues un peu.
J'ouvre de nouveau la bouche mais aucun son ne sort. J'ai tant de choses à dire, tant de souffrance à extérioriser, tant de reproches à te faire, tant de .... Je me mords violemment la lèvre inférieure et me recule un peu de toi, quittant le contact chaud et doux de ta peau contre la mienne.
Comment peux-tu me toucher comme ça ? Comment peux-tu être doux et tendre avec moi alors que tu l'aimes, elle ? Comment peux-tu être aussi cruel avec moi pour jouer comme ça tout en sachant que je souffre ?
« Cagalli.... » Tu murmures à nouveau, étonné de mon geste de recul. Il faut que je parle, que je te dise quelque chose. Tu tends à nouveau la main vers ma joue. Je recule brusquement et me relève.
« Ne me touches pas ! » j'ai crié. Involontairement.
Tu me lances un regard blessé. Tu te relèves et essaye de m'approcher. Sans réfléchir au fait que l'eau est juste là, derrière moi, je recule. Plus tu avances plus je recule. Mes yeux doivent te dire toute ma douleur, toute ma peine.
Tu t'arrêtes quand tu constate que l'eau m'arrive aux genoux.
« Cagalli... s'il te plaît.... » Tu tends une main vers moi. Tu espères que je vais la prendre et me laisser enlacer, je le sais. Je te connais bien Asuran !
« Pourquoi ? » j'ai murmuré, mais j'ai besoin de savoir. Je ne te laisse pas le temps de répondre et je me lance dans mes reproches. Ma voix augmentant à chaque mot.
« Pourquoi es-tu parti ? Pourquoi m'as-tu laissé seule ici ? Tu avais promis de veiller sur moi, tu te rappelles, tu avais promis de revenir. C'est pour ça que tu m'as offert cette bague, non ? Mais tu as préféré les Plants, tu l'as préféré elle... Tu m'as laissé seule pendant deux ans, sans jamais donner un signe de vie ! Jamais tu n'as pris de mes nouvelles ou donner des tiennes pas mêmes par Kira ! Pendant deux longues années j'ai vécu dans le noir. J'ai souffert de ton absence, de ta trahison au point d'être malade. J'ai voulu mourir pour mettre fin à ma souffrance. J'ai tout supporté seule : les injures, les coups durs, le désespoir, ... Tout ! J'ai passé des nuits entières à pleurer, à t'appeler parce que j'étais en manque de toi ! J'ai souffert Asuran ! Et toi tu reviens aujourd'hui, sans prévenir après deux ans de silence complet ! Et tu me touches comme tu la touches ! .... Tu espérais quoi ? Que je tombe dans tes bras ? Que je me laisse faire, jusqu'à ton prochain départ ! ....»
Ma voix se brise soudainement et je sens mon corps trembler et les larmes de nouveau couler. Tu reste là, sans bouger, sans parler.... Juste avec un regard triste et blessé. Tu ne te défends même pas !
Et puis sans prévenir, mon corps m'abandonne. Les privations alimentaires, le manque de repos et toutes les souffrances que je lui fais endurer se font sentir comme la dernière fois. Mes jambes m'abandonnent et je me laisse tomber. Je ferme les yeux.
Je les rouvre étonnée. Tu m'as rattrapé et tu me soulèves dans tes bras pour me porter sur le sable sec. Tu me dépose doucement par terre tout en me gardant serrée contre toi. Je sais que je ne devrais pas, qu'il n'y a plus rien entre nous, que tu appartiens à une autre ; mais je ne peux m'empêcher de fermer les yeux et de savourer ta chaleur, ton contact. Je me sens bien, je me sens protégée, là dans tes bras je me sens complète.
« Cagalli ? » Tu as susurré doucement.
« Je t'aime Asuran ! » je n'ai pu retenir l'aveu de franchir mes lèvres pâles. Je sens le rouge monter à mes joues trop blanches. Je me détache de toi, te repoussant. Il faut que je m'éloigne où je vais encore souffrir. Mais tu me retiens et m'empêche de me relever. Je te lance un regard perdu, je cherche ce que je dois faire, comment me sortir de là.
Tu fais une chose à laquelle je ne m'attendais pas ! Tu passes un bras autour de ma taille me serrant contre toi et ta main libre vient sous mon menton, me forçant à te regarder. Tu penches doucement la tête et embrasses mes lèvres. J'ouvre les yeux de surprise. Mais je n'ai pas la force de te repousser. Je finis par me laisser aller et passe mes bras autour de ton cou, fermant les yeux pour mieux savourer cet instant unique.
Je mets fin au baiser essoufflée. J'essaie de m'éloigner de toi mais tu me forces à rester là, collée à toi. Tu enfouis ton nez dans mes cheveux.
« Moi aussi je t'aime, ma Princesse. » Tes lèvres se posent furtivement sur ma tempe.
« Tu m'as tellement manquée... je t'en prie laisse moi t'expliquer... » Tu quémandes mon attention. Fût un temps c'était moi qui te suppliais pour que tu ne t'intéresses qu'à moi. Mes yeux glissent au dessus de ton épaule et je constate que le soleil a presque disparu. Le ciel devient sombre et les étoiles commencent à être visibles.
« Je... ne sais pas Asuran... Je sais que je vais encore souffrir. » Je parle lentement et bas comme si je désirais que tu n'entendes pas mes propos.
« Laisse-moi une chance au moins ! » Ta voix est suppliante, je ne t'avais jamais vu comme ça : perdu et suppliant. Je me contente d'hocher la tête, car au fond j'ai trop besoin de savoir.
« J'avais besoin de réfléchir, Cagalli, après la guerre, besoin de me retrouver et surtout de trouver ce qui me manquait le plus. J'ai beaucoup voyagé, mais j'étais seul et je le suis resté tout ce temps. Je sais que tu penses que Meyrin était avec moi, mais c'est faux. Je l'ai juste accompagné sur les Plants, puis je suis parti. J'ai souffert que tu ne viennes pas me parler, me dire au revoir quand j'ai quitté ORB, mais j'ai relativisé en me disant que tu devais avoir beaucoup de travail ! J'ai voyagé, sur les Plants et sur terre, cherchant l'endroit où je me sentirai bien et complet. Si Kira n'a pas donné de mes nouvelles, c'est parce que lui non plus ne savait pas où j'étais...»
Tu fais une pause et desserre ton étreinte pour me regarder.
« J'ai été stupide, je le sais. J'ai perdu deux ans à chercher ce que j'avais déjà... Et aujourd'hui, j'ai peur de perdre ce qui me fait vivre ! » Ton ton est solennel et sérieux. Tes yeux se sont assombris. Mon esprit embrumé ne comprend pas grand-chose à tes paroles. Tu sais quand je suis contre toi, plus rien ne compte. Le silence se prolonge.
«C'est quoi cette chose indispensable pour toi ? » je finis par demander brisant le silence qui s'était installé entre nous. Je te vois sourire.
« Idiote ! » C'est ta seule réponse et elle me fait mal ! J'essaie de nouveau de me libérer de ton étreinte. Tu te penches jusqu'à ce que nos nez se frôlent.
« Toi ! » Tu déposes tes lèvres sur les miennes pour un chaste baiser.
« C'est pour toi que je suis parti et c'est pour toi que je suis revenu ! J'ai parcouru le monde et ça m'a pris deux ans pour comprendre que la seule personne qui pouvait me compléter, je l'avais stupidement abandonné sur une île ! Seule et sans explication ! » Tu fais de nouveau une pause.
« J'avais si peur en arrivant à ORB qu'il y ait quelqu'un dans ta vie que je n'ai pas osé aller te voir. Tu sais, ça fait deux semaines que je t'observe discrètement. Je t'épie, en fait. J'ai remarqué combien tu étais amaigrie et pâle et aussi l'inquiétude de Kisaka ! Je sais que c'est à cause de moi, je sais que c'est moi qui aie eu tort !... ... Mais, Cagalli, je t'en prie pardonne-moi.... Laisse-moi une chance de te prouver ce que je ressens pour toi, que je t'aime ! »
Tu te tais. J'ai peur de souffrir et j'ai peur que tu me mentes. Mais ça j'ai rêvé pendant deux ans que tu me le dises. Je relève la tête et te fixe dans les yeux. Je sais que ton regard ne peut pas mentir. Ce que j'y lis m'étonne : de la peur, du doute ... mais surtout de l'amour !
« Je ... Je ... » aucun mot concret ne sort de ma bouche. Je m'en veux d'être incapable de décider, de dire ce que je ressens. Je secoue la tête pour remettre mes idées en place.
« J'ai compris et je te comprends ! » Tu me lâches et te relèves. Tu me dépasses et t'éloignes.
« Je ne t'en veux pas, je t'ai fais tellement souffrir. J'espère juste que tu me pardonneras un jour ! » Tu t'éloignes de moi et je reste là assise par terre sans bouger à te regarder partir pour la seconde fois. Mais qu'est-ce que je veux, moi ? Je ferme les yeux, il faut que je trouve vite car je sais que j'ai peu de temps avant de t'avoir perdu définitivement. Je veux ta présence réconfortante, ta chaleur qui m'enveloppe, ton amour qui me rend forte et unique. Je te veux, toi ! Je veux pouvoir vivre mon amour avec toi au grand jour, pouvoir dire à tout le monde que l'on s'aime. Je veux que tu sois le père de mes enfants, si jamais j'en ai !
Je me lève subitement et te cours après. Je t'attrape par le bras. Tu te retournes étonné.
« C'est toi qui est idiot, pas moi ! » J'ai pris mon air de gamine têtue. J'aurais le dernier mot cette fois !
« Cagalli, je ... » Tu veux te défendre mais je ne t'en laisse pas le temps.
« Pendant deux ans, je n'ai attendu que ça, que tu reviennes ! Je t'aime, j'ai besoin de toi ! Comment veux-tu que je t'en veuille ? » J'espère que tu n'as pas déjà pris ta décision finale. Tu me fixes simplement, un sourire se dessinant lentement sur tes lèvres.
« Ma Princesse. » Je me retrouve de nouveau dans tes bras et cette fois je te rends ton étreinte. Je me sens tellement bien et en sécurité comme ça.
« Épouse-moi... » Tu murmures à mon oreille. Je te lance un regard étonné : t'épouser ? Bien sûr, ce n'est pas comme si je ne l'avais jamais imaginé, en fait j'en rêve. Je te regarde droit dans les yeux cherchant à comprendre pourquoi...
« Je veux que l'on ait des enfants, je veux que tout le monde sache que tu es ma femme ! » Je souris en écoutant tes raisons. Je sais que si j'accepte ce ne sera pas facile, ce sera même très dur d'imposer notre couple : un Coordinateur avec une Naturelle ! Mais je sais aussi qu'avec toi à mes côtés, je peux relever tous les défis.
« Tu es sûre que tu ne vas pas le regretter ? » Je veux être sûre que tu as bien réfléchis à ce qu'impliquait ta demande.
« Tu sais que ça fait presque quatre ans que j'y pense ! Alors je sais que ce ne sera pas facile tous les jours... mais je ne désire rien de plus au monde que de t'avoir pour épouse. » Ta réponse réchauffe mon c½ur.
« Oui, Asuran Zala ! »
Tu mets quelques temps à comprendre et puis tu m'enlace et m'embrasse amoureusement sur les lèvres. Ta joie fait plaisir à voir. C'est Kisaka qui va être étonné !
Je me mets sur la pointe des pieds et dépose mes lèvres sur les tiennes. »
(signature de moi)